Bac (archives) / Pink Floyd / Chap 8

PINK FLOYD

ATOM HEART MOTHER, 1970

 

ANALYSE (SUITE)

 

e) « Mind Your Throats, Please » (« Fais attention à ta gorge s’il te plait », 15’30 à 19’13).Mind Your Throats, Please

THEME E

Une partie expérimentale composée par Waters et Mason, essentiellement construite à partir de sons électroniques et préenregistrés ; là encore une pièce « à part » dans l’œuvre, qui renforce son caractère hybride. Cette 5ème partie se divise en deux sections bien distinctes.

Première partie (de 15’30 à 17’50) Première partie

Construite sur un ostinato (motif répétitif) au Mellotron, cette partie est un collage de plusieurs sons qui mènent progressivement vers un climax (point culminant) à 17'43, sur un cluster (accord dissonant) avec sifflement d'un train à vapeur et le bruit des roues sur les rails. Quelques sons utilisés :

- sons aigues tintinnabulants (sonne comme des cloches),
- voix chantée et chuchotée, filtrée avec reverb,
- Mellotron avec son de cordes et cuivres,
- sons de piano transformés (passés dans une enceinte Leslie, comme au début du morceau Echoes),
- quelques phrases,
- son d’un train.

Seconde partie (de 17’50 à 19’13) Seconde partie

- On entend tout d’abord des sons filtrés (piano notamment),
- puis un collage du thème B à 18'03,
- à 18'17, collage de l’introduction qui sera entendue entièrement, mais avec jeu sur le mixage (fade in/out), elle est donc plus ou moins audible suivant les moments,
- à 18'25 : collage discret de D, puis E1, puis à nouveau B,
- à 18'52, collage d'un élément qui n'est pas encore apparu mais qui arrivera à 22'37 (mes. 306 et 307), 2 mesures de transition situées à la fin de A1. Ces 2 mesures vont être mises en boucle 4 fois, insistant sur la demi‐cadence et sa résolution finale, la Réexposition,
- à 19’11, on entend la phrase « Silence in the studio ».

Ces deux parties fonctionnent donc différemment. Une première de création pure, à base de Mellotron, de sons électroniques, de filtres et d’effets divers, une seconde, plus proche du travail de musique concrète (c’est-à-dire à base de collage de bande).

ECOUTES :

- Artikulation (1958), de György Ligeti (1923-2006), exemple de musique électronique.


- Etude aux chemins de fer (1948), de Pierre Schaeffer (1910-1995), premier exemple de musique concrète. Etude aux chemins de fer

György Ligeti et Pierre Schaeffer sont deux compositeurs qui s‘inscrivent sans aucune ambiguïté dans le courant de la musique savante (musique contemporaine), les Pink Floyd, eux, sont classés dans le courant de la musique populaire. A l’écoute de ces deux extraits et de cette partie E de AHM, on peut dire que la frontière entre les deux courants est mince.
On peut aussi s’interroger sur la pertinence de ces termes « savant » et « populaire ». Qu’est-ce qui fait que Etude aux chemins de fer est plus « savant » que les recherches des Pink Floyd ? La question reste ouverte...


 

f) « Remergence » (« Renaissance », 19’13 à la fin), mes 248 à la fin. Remergence

Cette 6ème et dernière partie fait office de réexposition (cf. : forme sonate). Elle est formée (comme il se doit) de 3 parties : réexpo de A – réexpo de B – Coda.

 

Réexposition de A (de 19’13 à 19’43), mes. 248 à 256. Réexposition de A

Contrairement à ce qui est indiqué sur la partition, le thème en lui-même n’est pas joué ici. A l’écoute, on constate qu’il ne reste que les contrechants. Pour suivre sur la partition, ce qui est réellement joué sont les parties de Tuba et de Trompettes.

On constate aussi que A2 (la transition chromatique) n’est encore pas jouée.

 

Réexposition de B (de 19’43 à 22’14), mes. 257 à 298.Réexposition de B

Cette partie fonctionne comme lors de l’exposition : 5 grilles identiques avec variations (cf. : Passacailles), 2 thèmes de violoncelle, 3 solos de guitare, avec densification et amplification progressive. A partir d’ici, l’amplification ira même jusqu’à la fin de la pièce :


Représentation graphique du volume, du thème B à la fin de la pièce.

Il y a néanmoins quelques différences.

- Les deux thèmes de violoncelle se voient adjoindre un contrechant de trombone (discret mais néanmoins audible) :


Thème B Thème B

Les 3 solos de guitare (à partir de mes. 275, à 20’47) sont joués en overdub, cela signifie que D. Gilmour a enregistré plusieurs pistes les unes au-dessus des autres (seules 2 sont indiquées sur la partition, mais on peut en entendre 3 par moments) :


Solo en overdub Solo en overdub

Cette technique permet de rendre cette réexposition plus intense que l’exposition.

Les cuivres font leur apparition dès le 2ème solo, d’abord discrètement, mais ils vont se faire eux aussi bien plus présent que lors de l’exposition où les trompettes se contentaient de quelques ponctuations. Hormis l’écriture plus fournie, ils vont aussi, au fur et à mesure, utiliser un son de plus en plus cuivré :

 

CODA (de 22’14 à la fin), mes. 299 à la fin. CODA

- Reprise du thème A en tutti avec le chœur en valeurs longues.

Le thème en lui-même est absent, il n’y a que des contrechants sur la grille harmonique de A (Em – G – F – C).

Changement d’harmonie à la mes. 306 (à 22’37) : Changement d’harmonie

Ce sont ces 2 mesures qui avaient été collées à la fin de la partie E (avant la réexposition).

- Seconde reprise du thème A (mes. 308, à 22’45), toujours sans le thème. Ralenti à la fin et cadence II – I, puis une tierce picarde (mineur vers majeur), dans une nuance ff :


Fin Fin

C’est une fin en apothéose !

 

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