Bac (archives) / Pink Floyd / Chap 7

PINK FLOYD

ATOM HEART MOTHER, 1970

 

ANALYSE (SUITE)

 

c) « Mother Fore » (« mère antérieure », de 5:23 à 10:13), mes. 88 à 167. Mother Fore

THEME C

Si l’on garde en tête le plan de la forme sonate, cette partie entame donc le « développement », après l’exposition des thèmes A et B. Toutefois, nous verrons qu’il y a ici aucun développement de ces deux thèmes, il s’agit d’une partie autonome.

Cette longue partie (près de 5 min.) repose sur une pédale (note tenue dans le grave) de mi. Contrairement aux parties précédente, il n’y a ni cuivres, ni guitare et la grille harmonique est très sommaire, elle utilise uniquement deux accords mi mineur et la mineur :

C’est une partie très planante, voire mystique, qui se rapproche plus de l’esprit psychédélique des albums antérieurs.

Toutes les parties vocales ont été réécrites par Ron Gessin. Au départ, le matériau fournit par les PF est assez rudimentaire : deux accords (Em et Am) + improvisations vocale de D. Gilmour sur des notes tenues sans texte, avec beaucoup d’effets sur la voix (écho, reverb).

ECOUTES COMPARÉES :

- Pink Floyd, Live à St Tropez, 1970 ("Mother Fore" avant l'intervention de Ron Geesin).

- "Mother Fore" (version définitive de Ron Geesin), interprété par les élèves du CNSM de Paris (2003).


Allez à 7 min.

Cette partie fait donc appelle à 3 solistes femmes (dans l’ordre mezzo – soprano – alto) et à un chœur à 4 voix (SATB).

Transition (mes. 88 à 91, 5’24 à 5’38) Transition

Pédale de mi à la basse, accord de mi mineur à l’orgue (brodé sur le 4ème temps), cymbale charleston sur les 2ème et 4ème temps.

L’orgue (qui est un orgue Hammond) est ici utilisé sans vibrato, le son est très plat, très neutre, ce qui accentue l’effet planant et « stagnant » de toute cette section.

1ère partie (mes. 92 à 115, de 5’38 à 7’09) 1ère partie

16 mes sur l’accord de mi mineur, entrée des voix solistes (mezzo, soprano puis alto à la mes. 104). Les voix s’appuient au début sur les notes de l’accord de mi mineur :

Elles vont ensuite explorer petit à petit toutes les notes du mode de mi mineur :

Toutes les notes du mode de mi sont ici présentent. Mais il n’y a pas de note sensible (ré#) que l’on devrait avoir dans la tonalité de mi mineur, on peut donc encore parler d’une écriture modale. On retrouve aussi une écriture en contrepoint (écriture horizontale).

Mes. 108 (à 6’39), changement d’harmonie (la mineur) et apparition d’un motif mélodique sur 3 notes qui servira de « refrain » :

Cette partie est donc constituée de 16 mes. en mi + 8 mes. de refrain (la/mi). On voit ici encore que la carrure est respectée.

2ème partie (mes 116 à 131, de 7’09 à 8’09) 2ème partie

Entrée du chœur (les solistes doublent le chœur). Même principe que précédemment, écriture en contrepoint sur un mode de mi (avec do# ou do♮).
La partie en mi ne dure cette fois que 8 mes., puis refrain (mes. 124 à 7’39) avec le même motif mélodique sur 3 notes.

3ème partie (mes. 132 à 163, de 8’09 à 10’06) 3ème partie

Mes. 132 à 139 : toujours sur le mode de mi, l’ensemble commence à gagner en intensité (nuance forte, valeurs brèves, onomatopées plus percussives) Mes. 132 à 139

mes. 139 à 147 (à 8’40) : L’écriture devient de plus en plus tendue (notamment avec l’apparition d’un fa♮)mes. 139 à 147

Mes. 148 à 163 (à 9’10) : refrain (deux fois plus long, 16 mes. à la place de 8), arrivée de la batterie. Mes. 148 à 163
L'écriture s’étoffe encore, utilisation du hoquet (alternance rapide de voix) :

De nombreuses appogiatures participent à l’agitation de cette partie :

Transition vers « Funky Dung » (mes . 164 à 168 à 10’06) Transition vers « Funky Dung »

Retour au calme sur un accord de mi mineur (2 mes.), puis accord de transition vers la partie suivante (seule partie qui ne sera pas en mi)

 


 

d) « Funky Dung » (« bouse puante », de 10’19 à 15’29), mes. 168 à 256. Funky Dung

THEME D

 

C’est la section de AHM la plus influencée par le blues (les origines musicales du groupe). C’est celle qui se rapproche le plus de l’esprit jam session (improvisation collective) que le groupe pratique couramment en répétition.

Introduction (mes. 168 à 175, de 10’19 à 10’47).Introduction

Accompagnement très « bluesy ». Deux accords sol min et do7 (Ie et IVe degrés, alternance plagale typique du blues). L’orgue (plus percussif que dans la partie précédente) accentue les temps faibles (2ème, puis 2ème et 4ème), la basse joue un motif rythmique sur une pédale de sol, la batterie joue un rythme très « carré » :

Première partie (mes. 176 à 187, de 10’48 à 11’29). Première partie

Première grille d’improvisation. C’est une grille de 12 mes. (typique du blues), toujours avec alternance Gm/C7. D. Gilmour utilise principalement les notes de la gamme blues :

Il enrichie son solo de nombreux effets de guitare :

Le Slide (ou glissé) : Le slide consiste à faire glisser son doigt sur une corde, après avoir joué une première note, pour arriver à une deuxième note.
Le Bend (ou tiré) : Effet mythique des joueurs de blues, qui consiste à tirer une corde pour passer d'une note à une autre note plus aigüe.
Le Hammer-on (frapper en avant) et le Pull-off (tirer en arrière) : Techniques de jeu legato (lié) qui consiste à jouer plusieurs notes avec la main gauche, avec une seule attaque de main droite.

Explications de ces effets en images :

L’accompagnement reste identique, mais l’orgue commence à avoir un jeu de plus en plus rythmique.

Deuxième partie (mes. 188 à 199, de 11’30 à 12’11). Deuxième partie

Deuxième solo de 12 mes. Caractéristiques identiques au premier, mais un dialogue s’installe entre la guitare et l’orgue, R. Wright jouant dans les silences laissés par Gilmour.

Troisième partie (mes. 200 à 211, de 12’12 à 12’53). Troisième partie

Troisième grille d’improvisation, encore une grille de 12 mes. Le volume de la guitare baisse progressivement (fade out), seule reste la réverbération. Une note aigüe arrive au mellotron (imitation d’un son de violon) mes. 203 (à 12’22) qui accentue l’effet de dilution progressive. L’orgue reprend ses accents initiaux (sur 2 et 4).

Quatrième partie (mes. 212 à 219, de 12’53 à 13’22). Quatrième partie

Plus de guitare, le mellotron continue sa mélodie dans l’aigu, la batterie ne marque plus que le 2ème temps, ainsi que l’orgue, arrivé des trombones sur une pédale de sol. Ces 8 mesures donne le sentiment d’un temps suspendu, c’est une partie très minimaliste :

Cinquième partie (mes. 220 à 239, de 13’22 à 14’31). Cinquième partie

8 mes. (mes. 220 à 227, de 13’22 à 13’49) : entrée du chœur sur des onomatopées sans hauteurs fixes, solo de piano. Puis, 12 mes. (mes. 228 à 239, de 13’49 à 14’31) : le chœur chante en hauteurs fixes, le piano continue son solo, mais l’orgue le rejoint petit à petit.


Sans hauteurs fixes Sans hauteurs fixes

Avec hauteurs fixes Avec hauteurs fixes

L’utilisation d’un chœur sur onomatopées (ou sans texte) n’est pas nouvelle, même dans les années 1970. De nombreux compositeurs de musique contemporaine utilisaient déjà ce procédé pour renouveler l’écriture chorale.

ECOUTES :

- La naissance du verbe, de Guy Reibel (1936) La naissance du verbe
- Dabedibodu, de Guy Reibel Dabedibodu

Transiton (mes. 240 à 247, de 14’31 à 14’58). Transiton

Changements importants.

L’harmonie change mes. 240, arrivé sur un accord de SOL majeur (mineur vers majeur, que l’on appelle souvent tierce picarde), puis enchainement harmonique :

Cet enchainement rappelle l’harmonie du thème A et il va en effet permettre un retour vers la tonalité de mi mineur et un retour au thème A.

Au niveau mélodique, les onomatopées rythmiques cessent, les voix de soprano entament une mélodie très lyriques sur « Oh » :

Mes. 244, les voix sont remplacées par les cuivres qui annoncent le retour du thème A :

La guitare refait son apparition, la batterie quant à elle, joue un long break, qui lui aussi annonce le thème A.

Thème A (mes. 248 à 256, de 14’58 à 15’28) Thème A

Seul le thème principal A1 est joué ici, le thème chromatique A2 (transition) ne sera jamais réentendu.

Le thème est le même, il est accompagné par un contre-chant aux trombones identique à celui de la deuxième exposition (mes. 37 à 2’22) :

 

Pour résumer, cette section « Funky Dung » se découpe ainsi :

Partie

intro

1

2

3

4

5

transition

Th. A

   

solo guit.

solo guit.

solo guit. (fade out)
mellotron

mellotron (aigu)
trombones (grave)

chœur (parlé puis chanté),
solo de piano

mélodie aux soprano puis aux cuivres, retour guit.

Thème aux cuivres

nb mes.

8

12

12

12

8

8+12

8

8+1

Harmonie

Gm/C7

%

%

%

%

%

G – F – C - B

Em …

minutage

10’19

10’48

11’30

12’12

12’53

13’22

14’31

14’58

 

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