Bac (archives) / Pink Floyd / Chap 4

PINK FLOYD

ATOM HEART MOTHER, 1970

 

ANALYSE

 

1. Généralités.

L’album paraît le 10 octobre 1970. Il est écrit de mars à juillet. C’est le 5ème album du groupe.C’est un vinyl 33 tours, dont chaque face est composée ainsi :

TITRE

AUTEURS CHANT DURÉE
Face A : Atom Heart Mother PF + R. Geesin Instrumental 23:39
Face B : If  Waters Waters 4:31
Summer '68 Wright Wright 5:29
Fat Old Sun Gilmour Gilmour 5:24
Alan's Psychedelic Breakfast PF Instrumental 13:00

Comme dans Ummagumma et Meddle, AHM est donc constitué d’une partie « expérimentale », concept et d'une autre constituée de chansons, ceci sans doute pour des raisons un peu mercantiles.
AHM n’est donc pas à proprement parlé un album concept, car il n’y a aucun rapport entre les 2 faces du disque, cependant, le morceau « conceptuel » AHM de la face A ayant tellement occulté les autres morceaux, il est souvent admis de considérer l’album en son entier comme un album concept.

a. La pochette

Atom Heart Mother

« La pochette à la vache » est devenue l’une des plus mythiques de l’histoire du rock. Storm Thorgerson (photographe du groupe), souhaite surprendre les fans avant-gardistes avec une photo aussi ordinaire et aussi peu psychédélique que possible. On lui parle alors du papier peint orné de vaches d'Andy Warhol.

Andy Warhol Cow
Andy Warhol, Cow, 1966

Il roule alors en voiture dans l’Essex (Angleterre), il immortalise spontanément la première vache qu’il aperçoit. La fière noiraude s'appelle Lulubelle III. On ne verra qu'elle sur la pochette de l’album sans titre (même le nom du groupe est absent).

b. Titres

Ron Geesin (voir plus bas) trouve le titre de l’album alors que le groupe doit passer a un show radio de la BBC pour interpréter un morceau sans nom. Il déniche dans Evening Standard un article sur une femme enceinte qui porte un pacemaker nucléaire, intitulé « Atom Heart Mother » (Mère au cœur atomique). Pour son côté absurde et décalé, les membres du groupe adoptèrent ce titre sur le champ.

Les titres de chaque section de AHM sont aussi dénué de sens :

1) Father’s shout (Le cri du père)
2) Breast milky (Sein plein de lait)
3) Mother fore (Mère antérieure)
4) Funky dung (Bouse puante)
5) Mind your throats, please (Fais attention à ta gorge s‘il te plaît)
6) Remergence (Renaissance)

Outre le fait que le titre de ces sections n’ait pas de sens, musicalement, elles ont aussi peu de rapport les unes avec les autres (Gilmour parlera de « patchwork » musical). C’est à un voyage que les PF souhaitent nous convier, Waters parlera "d’Odyssée", on peut aussi employer le terme de poème symphonique (mais sans argument littéraire). Il n’y a donc aucun sens à tiré de la pochette et des différents titres. Ron Geesin et les PF « s’amusent » ici à créer un univers absurde, surréaliste et décalé.

c. Première représentation

La première représentation du morceau AHM eut lieu avant la sortie de l’album. On peut en entendre une ébauche lors du concert que le groupe donna au Théâtre des Champs-Elysées le 23 janvier 1970.

Gilmour présente le dernier morceau ainsi : « C'est le dernier morceau qu'on va faire... On ne sait pas très bien ce qu'on va faire. On l'a écrit la semaine dernière. » Le morceau porte alors le titre provisoire de The Amazing Pudding.

ECOUTE : The Amazing Pudding (23 janvier 1970) The Amazing Pudding

Comme souvent chez les PF, la naissance d’une nouvelle composition se fait au cours de longues improvisations collectives, à base de blues. Cette pièce est donc largement improvisée, mais on y décèle déjà quelques éléments précurseurs de AHM :

- Introduction bruitée
- Partie A en mi (mais pas encore de thème)
- Partie B avec ostinato à l’orgue (pas encore de solo de violoncelle)
- Partie C avec voix
- Partie D très bluesy

La pièce sera ensuite régulièrement jouée en concert jusqu'à l'intervention de Ron Geesin en mai. Elle sera jouée le 27 juin au festival de Bath avec cuivres et chœurs, sous le titre The Amazing Pudding (titre provisoire remplacé par Epic, puis par Atom Heart Mother).

ECOUTE : The Amazing Pudding (27 juin 1970)

d. Musiciens supplémentaires.

Les PF font appellent à deux musiciens « classiques » pour l’enregistrement de l’album.

- Ron Geesin

Ron Geesin

Ron Geesin est compositeur, musicien, architecte, écrivain, designer né en 1943, inspiré par le surréalisme, et attiré par l’absurde. Ses influences musicales sont Prokofiev, Rachmaninov, Elgar, Wagner, Schönberg, Varèse et Berio.

Nicl Mason dira :

« Pour créer les arrangements d'Atom Heart Mother, Ron s'imposait. Il maitrisait toutes les techniques de la composition et de l'arrangement, et ses idées étaient suffisamment originales pour nous distinguer des œuvres orchestrales en vogue à l'époque. En ces temps, les arrangements obéissaient à des idées très conservatrices : les musiciens de formation classique avaient été́ endoctrinés pour mépriser le rock. Ceux qui s'aventuraient dans cette voie étaient considéré́ comme des traîtres. Nous avions la certitude qu'avec Ron, nous de ferions pas dans le style "le London Symphonic Philharmonia joue du Pink Floyd. »

AHM lui doit :

- La forme générale (apparentée à la forme sonate)
- Toute l’introduction
- L’arrangement des cuivres et des chœurs
- Le solo de violoncelle de « Breast Milky »

- John Alldis

John Alldis

John Alldis est un chef de chœur anglais (1929-2010). En 1962, il crée le John Alldis Choir à Londres, formation qui aborde aussi bien le répertoire contemporain que les grands ouvrages lyriques. Lors des enregistrements, c'est lui qui dirigera le chœur, avec plus de professionalisme que Ron Geesin pour l'orchestre. Dans l'enregistrement définitif, il reste en effet beaucoup d'erreurs dans les parties de cuivres, au contraire, les parties vocales sont parfaitement enregistrées.

Ron Gessin et John Alldis sont donc deux musiciens, au bagage musical important, qui vont permettre au PF d’atteindre des sommets dans le rock progressif. L’album mélange expérimentation sonore, écriture contemporaine, il est ancré dans la tradition classique et savante (instruments classiques, organisation formelle), tout en gardant l’esprit des traditions musicales populaires (recours constant à l’improvisation, références au blues).

 

e. Forme générale

Il y a discution sur l'indexation des sous-parties. Dans le CD sortie en 1994, les sections étaient minutées comme ci-dessus (colonne de gauche), cependant, ce découpage semble peu pertinant. Aussi, le découpage de la colonne du centre est celui qui est communément admis. C'est celui qu'il faut retenir pour l'épreuve de Bac !

La forme d'AHM peut donc "s"apparenter" à une forme sonate, telle qu'elle était pratiquée aux XVIIIe et XIXe siècle. C'est-à-dire :

Thème A - Thème B - Développemnt - Réexposition (A et B) - Coda

Exemple de musique utilisant le plan de la forme sonate :

ECOUTE : 5e symphonie, 1er mvt, de L.v. Beethoven 5e symphonie, 1er mvt

Mais attention, si AHM a bien deux thèmes A et B contrastant, une réexposition et une coda, le developpement n'en est pas vraiment un. On peut donc seulement dire que AHM se rapproche du plan de la forme sonate.

f. Orchestration

- Trois Solistes Femmes et chœur mixte
- Ensemble de Cuivres (3 trompettes, 3 trombones, 3 Cors, un Tuba), un violoncelle solo
- Orchestre rock traditionnel : basse, batterie, guitare, claviers.

 

Chapitre 3 / Chapitre 5

Haut de page