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LA SONATE OP.5 N°12

 

LE STYLE DE CORELLI

1. Des contrastes typiquement baroques

• Opposition de caractères avec des passages mélodiques  et  rythmiques. Ex. : Variation 10 Variation 10 / Variation 11 Variation 11

• Oppositions de nuances (forte-piano). Ex. : Variation 18 Variation 18 / Variation 19 Variation 19
• Oppositions de registres (aigu/grave) avec l’alternance des 2 voix (violon/violoncelle) en dialogue dans un jeu de questions-réponses.
Ex. : Variation 3 Variation 3 - Variation 9 Variation 9
• Opposition des profils mélodiques :

    - mouvements conjoints ou petits intervalles (3ce). Ex. : Variation 8 Variation 8 - Variation 11 Variation 11

    - sauts d’8ve ou grands intervalles. Ex. : Variation 4 Variation 4 - variation 5 - Variation 10 Variation 10 - Variation 16 Variation 16

• Alternance de tempos différents avec des mouvements vifs et lents  (adagio, allegro, vivace, andante dans l’esprit des sonates d’église).    

    Ex. : Variation 6 Variation 6 - Variation 14 Variation 14

    Ex : enchainement des variations variation 7 variation 7 - Variation 8 Variation 8 - Variation 9 Variation 9

• Opposition rythmique binaire/ternaire.

    Ex. : Variation 18 Variation 18 - Variation 15 Variation 15

    Ex. : Variation 20 Variation 20 et Variation 21 Variation 21 en ternaire - Variation 22 Theme et Variation 23 Theme en binaire

• Opposition rythmique des deux plans sonores : les valeurs courtes en croches ou double-croches s’opposent aux valeurs longues en blanches pointées.

             Ex. : Variation 2 Variation 2

• Influence de mouvements de danses différents dans l’esprit des sonates de chambre ;

    Ex. : esprit de la sarabande Variation 16 Variation 16

    Ex. : esprit de la gigue Variation 20 Variation 20 et Variation 21 Variation 21

• Alternance entre différents types d’écriture :

    - mélodie accompagnée. Ex. : Variation 8 Variation 8

    - écriture en contrepoint Ex. : Variation 10 Variation 10 et Variation 19 Variation 19 (marche harmonique en canon)

    - écriture harmonique. Ex. : Variation 15 Variation 15 (double cordes + accords arpégés), Variation 22 Theme et Variation 23 Theme

• L’effet miroir :

  - entre 2 variations (renversement des rôles). Ex : Variation 4 Variation 4 et variation 5 / Variation 6 Variation 6 et variation 7 variation 7 / Variation 22 Theme et Variation 23 Theme

  - au sein d’une même variation à la césure entre les 2 sections. Ex : Variation 16 Variation 16

 

2. Richesse de l’écriture

• Une majorité de variations ornementales qui modifient le thème de la follia mélodiquement et rythmiquement avec :

- des arpèges ascendants et descendants, brisés d’où se dégage la mélodie,

- des guirlandes de notes,

- des valeurs rythmiques variées : croches et double croches/triolet (ou 3 croches).

• Des variations polyphoniques avec des lignes mélodiques différentes qui se superposent dans une écriture en contrepoint.
• Deux  variations harmoniques qui modifient la trame harmonique du thème (enchaînement des accords avec modulation).

Le schéma mélodico-harmonique de la Follia, offre à Corelli un genre qui lui permet de développer son écriture instrumentale à travers 23 variations.

 

3. Originalité de La Follia de Corelli.

• La fluidité mélodique du discours musical. Ex : Variation 16 Variation 16 - Variation 17 Variation 17
• L’équilibre entre le violon et le violoncelle ; le dialogue s’instaure entre les 2 parties dans une écriture mélodico-rythmique par complémentarité. Ex : Variation 3 Variation 3 - Variation 9 Variation 9
• L’ingéniosité de l’accompagnement : la basse très active qui s’émancipe et subit une ornementation. Ex. : variation 5 - variation 7 variation 7 
• La vélocité de la partie de soliste et la progression de la virtuosité. Ex : Variation 13 Variation 13 - Variation 22 Theme
• La liberté expressive. Ex : Variation 14 Variation 14
• Affirmation de la tonalité (le thème de la Follia est traité en ré mineur avec sensible do dièse). Ex : Le Thème Theme

L’opus 5 assurera à Corelli un triomphe européen. Cette sonate n° 12 pour violon solo et basse continue est à la fois démonstration du génie inventif de son compositeur et affirmation de cet instrument le violon, appelé dorénavant à régner dans l‘orchestre.

 

4. Corelli, initiateur de la technique moderne du violon.

Corelli ne fut pas tenté par la virtuosité pure, pas d’effets brillants (tremolo, pizzicato, col legno, sul ponticello). Mais il utilise toutes les techniques de coups d’archet qui servent l’expression (moitié d’archet, ¼ d’archet, doubles cordes, détaché, lié, sautillé, martelé…). 

Corelli fait évoluer la technique du violon, son style est une synthèse entre technique et expression. Il fut ainsi le chef de file d’une génération de violonistes italiens, qui aura une grande influence sur Vivaldi par exemple.

Son art était fondé sur une conception selon laquelle le violon était l'équivalent instrumental de la voix humaine. Giuseppe Tartini lui attribue cette observation : « per ben suonare, bisogno ben cantare » (« pour bien jouer il est nécessaire de bien chanter »).

 

5. Une contribution à l’évolution des formes instrumentales.

Corelli marque son temps comme technicien et virtuose du violon, mais aussi comme pédagogue et compositeur.

    - Il contribue à l’évolution de formes instrumentales majeures avec la diffusion de sonates et de concerti grossi.

    - Il annonce les tendances esthétiques à venir (simplicité, clarté, équilibre du classicisme) par l'emploi d'une ornementation mesurée, refusant l’emphase, la surcharge décorative propre au baroque.

 

6. Notoriété.

Les partitions de Corelli, rapidement disponibles en version imprimée, connaissent une diffusion importante, et ce d'autant qu'elles sont pour la plupart, l'Opus V mis à part, relativement accessibles aux amateurs. La connaissance de l'œuvre et l'influence considérable de Corelli s'étendent alors jusqu'aux confins de l'Europe.

Fort de cette notoriété, Corelli pourra, à la fin de sa vie, et pour ses Concertos grossi Opus VI, négocier un contrat très avantageux avec l'éditeur Estienne Roger (Amsterdam), qui avait déjà imprimé les cinq opus précédents.

L'Opus V connaît une douzaine d'éditions du vivant du compositeur et une cinquantaine durant tout le XVIII° siècle.

Au XX° siècle, outre le concert, l'industrie du disque et le développement de l'internet apporteront leur contribution à la diffusion de la Follia et de l'Opus V. Ainsi, en 2010, un internaute éclairé dénombrait déjà 202 versions discographiques de cet opus.

Source internet : blog du Lutin d'Écouves.

 

 

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