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THIERRY MACHUEL

Dark Like Meop. 18, pour grand chœur mixte


1 – Strange Fruit Strange Fruit

2 – Brass spittoons – Puzzled Brass Spittoons-Puzzled

3 – Afraid – Homesick blues (extrait imposé) Afraid-Homesick Blues

4 – Daybreak in Alabama Daybreak in Alabama

5 – Dream Variation Dream Variation

Seul Afraid et Homesick blues sont au programme.

Dark Like Me
(extraits au programme)

SUIVI DE PARTITION


Dark Like Me est une œuvre sur la condition des Noirs-Américains, au début du XXe siècle. Elle est dédiée à Billie Holiday, et prend comme point de départ la chanson Strange Fruit, interprétée par la chanteuse en 1939. Cette chanson dénonce les « Necktie Party » (pendaisons) qui avait lieu dans le Sud des États-Unis et auxquels les blancs assistaient habillés sur leur 31.

Strange Fruits (« fruit étrange ») :

Southern trees bear strange fruit
Blood on the leaves and blood on the root
Black bodies swinging in the southern breeze
Strange fruit hanging from poplar trees

Les arbres du Sud portent un fruit étrange
Du sang sur leurs feuilles et du sang sur leurs racines
Des corps noirs qui se balancent dans la brise du Sud
Un fruit étrange suspendu aux peupliers

Pastoral scene of the gallant South
The bulging eyes and the twisted mouth
Scent of magnolia sweet and fresh
Then the sudden smell of burning flesh

Here is a fruit for the crows to pluck
For the rain to gather, for the wind to suck
For the sun to ripe, to the tree to drop
Here is a strange and bitter crop !

Scène pastorale du vaillant Sud
Les yeux révulsés et la bouche déformée
Le parfum des magnolias doux et printanier
Puis l’odeur soudaine de la chair qui brûle

Voici un fruit que les corbeaux picorent
Que la pluie fait pousser, que le vent assèche
Que le soleil fait mûrir, que l’arbre fait tomber
Voici une bien étrange et amère récolte !

Strange Fruit (Billie Holiday, 1939) Strange Fruit

Interprété par Billie Holiday
Extrait d’un documentaire Arte (« Black Music »)

Interprétation par Nina Simone
sur des images d’archive :


DARK LIKE ME, op. 18

Dark Like Me débute donc pas une variation sur Strange Fruit.

Introduction : Strange Fruit Strange Fruit

La suite de l’œuvre est une longue fresque évoquant la condition des Noirs aux USA dans la 1ère moitié du XXème siècle. L’œuvre est construite comme une succession de courts tableaux

1) Brass spittons : histoire d’un « boy » nettoyant les crachoirs dans les grands Hôtels de Detroit ou Chicago Brass Spittoons

2) Puzzled : expressions entendues dans les rues de Harlem sur l’augmentation du coût de la vie, la difficulté à trouver un emploi Puzzled

3) Afraid : sur l’angoisse de la solitude Afraid

4) Homesick blues : sur le désir d’un retour vers le sud Homesick blues

5) Daybreak in Alabama : sur l’espoir d’un monde plus fraternel Daybreak in Alabama

6) Dream variation : rêve d’un instant heureux au coucher du soleil des extraits du discours de Martin Luther King sont entendus en contrepoint de ce poème Dream Variation

Textes

Les textes utilisés dans Dark Like Me sont l’œuvre de Langston Hughes (1902-1967).

Langston Hughes est un poète, nouvelliste, dramaturge et éditorialiste américain. Sa renommée est due en grande partie à son implication dans le mouvement culturel communément appelé « Renaissance de Harlem » qui a secoué Harlem dans les années 1920. La « Renaissance de Harlem » est un mouvement de renouveau de la culture afro-américaine. Son berceau et son foyer se trouvent dans le quartier de Harlem, à New-York. Cette effervescence s’étend à plusieurs domaines de la création, les Arts comme la photographie, la musique ou la peinture, mais c’est surtout la production littéraire qui s’affirme comme l’élément le plus remarquable de cet épanouissement. Soutenue par des mécènes et une génération d’écrivains talentueux, la « Renaissance de Harlem » marque un tournant majeur dans la littérature noire américaine qui connaît une certaine reconnaissance et une plus grande diffusion en dehors de l’élite noire américaine. La littérature et la culture noires atteignent de tels sommets durant cette période que certains désignent Harlem comme la « capitale mondiale de la culture noire ».

Extraits au programme

1) Afraid

« Afraid » est un chant sur la solitude, la nuit et la peur. C’est un tableau très court, qui va s’enchainer avec « Homesick blues ».

Afraid

We cry among the skyscrapers 
As our ancestors
Cried among the palms in Africa
Because we are alone,
It is night,
And we’re afraid.

Avoir peur

Nous pleurons parmi les gratte-ciels
Ainsi que nos ancêtres
Pleuraient parmi les palmiers de l’Afrique
Parce que nous sommes tout seuls,
C’est la nuit,
Et nous avons peur.

Caractéristiques :

– Tonalité de do# min (mais avec un ré bécarre),
– Présence d’un fa bécarre qui, par enharmonie, est aussi un mi#, souvenir lointain de la « blue note » (ambiguité maj/min),
– Pulsation ternaire (évocation du blues),
– Mélodie qui débute par un intervalle tendu de triton (sol# – ré), mise en valeur de « cry », et se termine par le triton opposé ré – sol# sur « afraid »,
– Silences dramatiques entre chaque phrase,
– Pédale de sol# tout du long, donne un sentiment de fixité, d’immobilité,
– Homorythmie (même rythme à toutes les voix).

2) Homesick blues

Chant qui parle du désir de retour vers le sud, de la nostalgie des origines. C’est un chant sur le voyage, sur l’ailleurs, mais dans un climat mélancolique, de souvenirs.

Homesick blues

De railroad bridge’s
A sad song in the air.
De railroad bridge’s
A sad song in the air.
de trains pass
I wants to go somewhere.
I went down to de station.
Ma heart was in ma mouth.
Went down to de station.
Heart was in ma mouth.
Lookin’ for a box car 
To roll me to de south.
Homesick blues, Lawd,
‘S a terrible thing to have.
Homesick blues is
A terrible thing to have.
To keep from cryin’ 
I opens ma mouth an’ laughs.

Le blues du pays

Le pont du chemin de fer
C’est une chanson triste dans les airs.
Le pont du chemin de fer
C’est une chanson triste dans les airs.
Chaque fois qu’un train passe
J’veux m’en aller vers d’autres terres.
J’descendis jusqu’à la gare
Le cœur sur les lèvres.
Descendis jusqu’à la gare
Le cœur sur les lèvres.
Cherchant un wagon de marchandises
Pour me rouler vers le Sud, quelque part.
Le blues du pays, Seigneur,
C’est terrible de l’avoir pris.
Le blues du pays, c’est une chose
Terrible de l’avoir pris.
Pour m’empêcher de pleurer
J’ouvre la bouche, et puis je ris.

Caractéristiques :

– Pièce proche du blues : mesure ternaire, mélancolie, grille à 3 accords I, IV, V en do# mineur modal (sans sensible),
– Structure simple (AA’B) avec des carrures très strictes de 4 mesures,
– Progression dynamique vers l’aigu,
– Le thème passe des barytons aux sopranos,
– L’effectif choral s’amplifie tout le long de la pièce,
– Effet de crescendo par paliers,
– Trame chorale d’accompagnement en relais et diminutions rythmiques évoquant le départ, l’accélération et de « roulis » du train,
– Brouillage harmonique par tuilage (la fin d’une phrase enjambe le début de la suivante) dans l’enchaînement des phrases, amplifié par l’acoustique réverbérante,
– Fin suspensive sur ½ cadence en sol# pour enchainer avec Daybreak in Alabama en lab.


ANALYSE EN VIDÉO